Ce qu'on en pense

Les tests : Sensibilité et spécificité – exemple de DEDIMED

 

DEDIMED est un laboratoire allemand qui prétend proposer des tests couplant immunofluorescence et Western blot avec une « fiabilité » de plus de 90% (site : https://dedimed.com/fr/). Dans l’onglet « comparaison », le laboratoire affiche une sensibilité >90% pour un test d‘immunofluorescence (IFT) et un test Lysat complet Westernblot qui élimine 95% des « faux négatifs ». Bien qu’aucune donnée publiée ne le montre, les données affichées par le laboratoire montreraient donc une grande sensibilité du test.

Pour mémoire :

Test sensible : faux négatifs peu nombreux. Test spécifique : faux positifs peu nombreux.

Or, un test s’évalue par sa spécificité et sa sensibilité. Un test très sensible et peu spécifique va détecter un grand nombre de faux positifs et ne sera d’aucune utilité. Pour pousser les choses à l’extrême, un test avec une sensibilité de 100% mais avec une spécificité de 0% rendrait tous ses résultats positifs et n’aurait aucune valeur.

Au total : le laboratoire se garde bien de parler de spécificité et n’affiche qu’une grande sensibilité (sans aucune preuve publiée par ailleurs). Il n’est donc pas étonnant qu’il rende des résultats très souvent positifs mais sans aucune valeur diagnostique, faute de spécificité. On ne peut pas dire que ce qui est affiché est faux : il s’agit d’un mensonge par omission.

Le laboratoire propose également un « examen des symptômes spécifiques qui nous orientent vers des profils typiques de coinfections (Anaplasmose, Bartonelles, Chlamydia, Ehrlichia, Mycoplasma, Rickettsia, Bornavirus etc…) ». Or ces infections ne donnent pas des symptômes spécifiques et encore moins d’infections chroniques.

Le traitement, proposé par le laboratoire consiste en une antibiose de 5 à 12 mois (on suppose que ce sont des antibiotiques). Il s’agit d’un traitement non validé, potentiellement dangereux administré sur la foi d’un test qui sera presque toujours rendu positif. Pire encore, le laboratoire rajoute: « nous proposons bientôt une alternative à ce traitement antibiotique via un protocole de traitement par Hyperthermie, la seule et unique façon de traiter de façon définitive l’infection de Borréliose en 1 à 2 semaines ». Il s’agit tout de même de prendre une poche de sang du patient, de la chauffer et de la ré-administrer. Ce type de traitement, dangereux, n’a été validé dans aucune étude.

Les prix de ces tests varient de 300 à plus de 700 euros. La consultation via skype coûte 120 euros.

Ces tests sont donc chers, non validés et donnent des résultats le plus souvent positifs dont le résultat conduit à des traitements dangereux.

Quelles sont les différences entre la prise en charge des patients suspects de maladies vectorielles à tiques en Allemagne et en France ?

 

Opposer les prises en charges en France et en Allemagne ne reflète pas la réalité. En effet, il existe des recommandations de prises en charge nationale que les médecins suivent, qu’ils soient en France ou en Allemagne.

En revanche, la différence principale entre les deux pays est l’existence d’une recommandation unique en France, dont la rédaction est le fruit d’un travail collaboratif entre différentes sociétés savantes, associations de malades, et administrations :

  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM)
  • Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES)
  • Association des pédiatres ambulatoires (Afpa)
  • Aviesan
  • Caisse centrale de la MSA (CCMSA)
  • Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS)
  • Conseil national professionnel de pédiatrie (CNPP)
  • Collège de la masso-kinésithérapie (CMK)
  • Collège de la médecine générale (CMG)
  • Conseil national professionnel de cardiologie (CNPC)
  • Conseil national professionnel de gynécologie et obstétrique (CNPGO)
  • Conseil national professionnel de médecine du travail (CNPMT)
  • Conseil national professionnel de neurologie (Fédération Française de Neurologie)
  • Conseil national professionnel d’ophtalmologie (Académie Française de l'Ophtalmologie)
  • Conseil national professionnel d'oto-rhino-laryngologie (CNP ORL)
  • Conseil national professionnel de psychiatrie - Collège national pour la qualité des soins en psychiatrie (CNPPCNQSP)
  • Conseil national professionnel de rhumatologie (Collège Français des Médecins Rhumatologues)
  • Conseil national professionnel de santé publique (CNP-SP)
  • Direction de la sécurité sociale (DSS)
  • Direction générale de la santé (DGS)
  • Direction générale de l’offre de soins (DGOS)
  • Enfance Lyme and Co
  • Établissement français du sang (EFS)
  • Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques (FFMVT)
  • Fédération française de neurologie
  • Fédération française de psychiatrie (FFP)
  • France Assos Santé
  • Groupe de pathologies infectieuses pédiatriques (GPIP)
  • Lyme sans frontières
  • Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
  • Ordre national des pharmaciens
  • Santé publique France
  • Régime social des indépendants (RSI)
  • Société française d’études et de traitement de la douleur (SFETD)
  • Société française de dermatologie (SFD)
  • Société française d'immunologie (SFI)
  • Société française de microbiologie (SFM)
  • Société française de mycologie médicale (SFMM)
  • Société française de Parasitologie
  • Société française de pédiatrie (SFP)
  • Société française de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et disciplines associées (SFPEADA)
  • Société nationale française de médecine interne (SNFMI)

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-06/reco266_rbp_borreliose_de_lyme_cd_2018_06_13__recommandations.pdf

A contrario, en Allemagne, les recommandations sont émises par chacune des sociétés savantes concernées : dermatologie, neurologie, pédiatrie dont les conclusions se recoupent globalement. Il existe, une autre société savante, la German Borreliosis Society, qui propose une prise en charge différente. Cette société été fondée par différentes personnalités personnellement concernées par la maladie de Lyme mais ne représentent pas des institutions médicales ou universitaires. Le conseil d’administration est formé de chirurgiens, directeurs de laboratoires privés.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5588623/pdf/GMS-15-14.pdf

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7174852/pdf/GMS-18-03.pdf

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3491193/pdf/431_2012_Article_1779.pdf

https://canlyme.com/wp-content/uploads/2011/09/DBGguidelines.pdf

Enfin, soulignons que la 2nd édition (2010) des recommandations de la société « German Borreliosis Society », est introduite avec ces mots : « Guidelines are presented as recommendations. They are intended to help physicians to arrive at decisions. They are neither legally binding on physicians nor do they form grounds for substantiating or indemnifying from liability. This guideline, “Diagnosis and Treatment of Lyme borreliosis” was prepared with great care. However, no liability whatever can be accepted for its accuracy, especially in relation to dosages, either by the authors or by the German Borreliosis Society.”

La traduction est la suivante :
« Les recommandations sont indicatives. Elles sont destinées à aider les médecins à prendre des décisions. Elles ne sont pas juridiquement contraignantes pour les médecins et ne constituent pas non plus une justification d'indemnisation. Ces recommandations, « Diagnostic et traitement de la borréliose de Lyme » ont été préparées avec le plus grand soin. Cependant, aucune responsabilité ne peut être acceptée pour son exactitude, notamment en ce qui concerne les dosages, ni par les auteurs, ni par la Société allemande de borréliose. »